L’histoire d’un petit pot de yogourt
Laiterie artisanale Boréalait
Auteures: Nathalie Lachance, sociologue de l’alimentation avec la collaboration spéciale de Louise Lefebvre, conseillère au CEFQ

C’est l’histoire d’un couple de producteurs laitiers, Evelyne Rancourt et Benoit Larochelle, qui vivent au nord du 48e parallèle à St-Félix-de-Dalquier, près d’Amos, en Abitibi-Témiscamingue. En fait, c’est plutôt l’histoire d’une famille qui après quatre beaux garçons (Éloi, Robin, Thomas et Jérôme) a accueilli sa petite étoile boréale : Léonie!
Produire du lait de qualité est déjà un défi en soi, mais il fallait plus pour cette famille bien ancrée dans sa région! Benoit avait le souhait de transformer son troupeau de race Holstein pour la race Jersey, pour une simple question d’espace, au départ. Petite vache avec un excellent caractère laitier et fromager, la Jersey leur permettra de diversifier leur offre avec le yogourt et le fromage. Ce qui a permis à Evelyne de prendre sa place dans l’entreprise en créant de nouveaux produits et en les faisant découvrir aux clients.
À 25 ans, Evelyne a voyagé en Europe et est tombée en amour avec le yogourt. Son petit pot de grès à la main, elle aborde son chum avec ce désir de développement du terroir par des produits issus de leur lait. Il y aura encore quelques années entre ce voyage marquant et la création de la laiterie; entre-temps, elle travaille dans une institution financière. À la naissance de son 4e garçon, son poste est toutefois aboli. Le couple décide alors qu’il est temps de se lancer. Ils contactent Louise Lefebvre, conseillère au CEFQ, pour les guider dans ce projet. Elle leur donne alors les informations nécessaires pour avancer vers leur rêve de production fromagère. « Mais la réflexion de tout cela doit partir des producteurs », nous explique-t-elle aujourd’hui. Louise a été là pour les accompagner au démarrage des opérations, pour valider les procédures de travail en termes de respect des bonnes pratiques de fabrication, d’efficacité des opérations et des procédures de nettoyage.
Evelyne et Benoit retournent à leur projet avec leur nouveau coffre à outils de réflexion et se mettent au boulot. Ensemble, ils montent le plan d’affaires et découvrent de nouvelles perspectives pour l’entreprise.
En 2013, enceinte de Thomas, elle s’inscrit à l’ITA de St-Hyacinthe pour suivre le cours de contrôle sur la fabrication artisanale de fromage. Cette formation lui permettra de rencontrer d’autres artisans fromagers et de tisser des liens.
Finalement, son ancien employeur souhaite son retour. C’est à la suite d’une seconde perte de l’emploi d’Evelyne que le couple décide de se lancer dans l’aventure fromagère. Au même moment, le CEFQ fait parvenir une invitation au couple pour une formation d’une semaine à Poligny, en France, sur les pâtes lactiques. Voyage marquant puisqu’à leur retour en Abitibi, ils entament les démarches pour le financement de leur entreprise.
En septembre 2017, ils amorcent la construction de leurs futures installations qui, malheureusement, sera retardée jusqu’en 2019. C’est à ce moment que l’idée de la vente de lait embouteillé surgit. Sur la toute nouvelle page Facebook de la laiterie en construction, ils publient, en primeur, la photo de leur bouteille de lait le 9 décembre 2018. La page explose ! Le lancement de la bouteille crée un engouement monstre et une effervescence d’abonnements à la page Facebook, un réel buzz médiatique !

De l’importance des sources d’information
D’autres producteurs laitiers contactent Boréalait pour apprendre, pour savoir par où il faut commencer, comment se lancer. Elle leur donne quelques conseils, dont le plus précieux : elle les réfère vers le CEFQ pour bien faire les choses.
Mener à terme un projet de démarrage d’une usine laitière n’est pas différent de la mise sur pied de n’importe quelle entreprise. Bien définir au point de départ la mission de l’entreprise, avoir une vision la plus claire possible des objectifs de développement, étudier la compétition et définir la façon dont vous vous démarquerez de vos compétiteurs sont des préalables à l’élaboration d’un plan de fromagerie et au choix des équipements qui seront requis pour réaliser cette mission.
Les conseillers du CEFQ sont spécialisés pour vous guider dans les décisions technologiques et organisationnelles de la production. Ils peuvent assurément collaborer et compléter l’expertise des conseillers en gestion et en commercialisation qui vous assisteront dans l’élaboration de votre plan d’affaires.
Evelyne, comme beaucoup de débutants, souffre du syndrome de l’imposteur. Elle est toujours surprise qu’un fromager lui dise qu’il la connaît. Dans ce domaine, faire sa place au soleil et être reconnue sont des défis de chaque jour. D’ailleurs, elle a terminé son baccalauréat en agronomie, ce qui lui a permis de peaufiner ses connaissances.
Elle compte encore et toujours sur les bons conseils de Louise Lefebvre pour peaufiner ses produits : « Son expertise est essentielle parce que c’était un tout nouveau monde pour nous, le monde de la transformation. Ce n’est pas inné ! C’est beaucoup d’essais-erreurs, de développement. Louise est une mine d’informations. Elle est tellement aidante ! À chaque fois que des gens me demandent par quelle démarche ils doivent commencer, je le leur dis : Appelle au Centre d’expertise ! »

Ses produits prennent de plus en plus de place sur le marché en Abitibi-Témiscamingue et ce, auprès de clientèles inattendues ! Les garçons de sa région (12-17 ans) trippent sur leur lait. Certains ont même délaissé les boissons énergisantes pour ce lait qui contient entre 5 à 6 % de matières grasses dépendamment des saisons. Et on ne vous dit pas où il se situe en hiver ! « La production industrielle est essentielle pour nourrir la masse, mais il faut garder bien vivante notre identité du terroir avec des artisans producteurs qui se démarquent en développant des produits bien ancrés dans le territoire. Eh oui, il y a des produits laitiers d’identité au Québec ! » renchérit Evelyne.
Après trois ans de transformation, elle commence tout juste à se verser un petit salaire symbolique; évidemment, tout le budget passe avant, mais après 3 ans, c’est bon signe. En général, au Québec, il faut en moyenne 5 ans pour qu’une petite entreprise puisse faire vivre son entrepreneur. La réflexion que demande le plan d’affaires permet de se préparer à traverser ce désert. Elle permet également d’avoir des scénarios et de ne pas perdre de vu les valeurs et les raisons pour lesquelles le fromager se lance dans cette aventure. Sur ce plan, Evelyne a bien suivi les conseils du CEFQ, ce qui la rassure sur la suite des choses pour l’entreprise. Loin d’être un boulet, le plan d’affaires ouvre des perspectives d’avenir.
Schéma de réflexions
Louise Lefebvre, conseillère

Boréalait a d’ailleurs envie de sortir un peu de sa zone de confort en distribuant ses produits dans d’autres régions. Le yogourt est une option probable pour cette première incursion, mais il a tout de même fallu réfléchir à leur produit-phare : le lait. « Le lait, c’est délicat. Mais en même temps, le lait de Boréalait, c’est un produit de terroir très ancré. » La clientèle abitibienne est là… en sera-t-il de même ailleurs? Il faut savoir qu’il y a une effervescence dans la création de laiteries ailleurs au Québec. Un développement incroyable qui fait émerger une idée : « Donc, comme il y a d’excellentes laiteries partout dans la province, pourquoi ne pas faire une route du lait de terroir? Visitez vos laiteries ! », nous invite Evelyne !
*Les conseillers du CEFQ sont accrédités par les réseaux Agriconseils. Vérifiez auprès de votre conseiller régional l’éligibilité de votre entreprise à cette aide financière.
Les valeurs de Boréalait

Quelle est la recette pour durer ?

Que dirais-tu à l’Evelyne de 2007?
« Penses-y à deux fois ! Prends le temps de bien évaluer les coûts financiers, mais aussi dans ta vie. C’est pas l’fun à dire, je suis bien honnête ! Malgré l’expérience et le succès, ça a demandé beaucoup de sacrifices au niveau de mes enfants, de ma famille. Mais ma mère m’a dit, tes enfants, ils apprennent ! Elle a raison, mais je trouve que c’est beaucoup pour eux. Je suis contente, une chance que ça va bien ! Mais ce n’est pas petit. C’est de l’ouvrage », nous partage-elle.
En conclusion
Le petit pot de grès de yogourt est quelque part dans la laiterie chez Boréalait. Le désir d’offrir un produit de grande qualité à une population de proximité est un beau voyage qu’Evelyne, Benoit et sa famille offrent maintenant sous forme de bouteille de lait !
Psst…un produit secret à découvrir
Il est de tradition dans cette famille d’avoir un gâteau au fromage comme gâteau d’anniversaire. Le préféré d’Evelyne, par exemple, est celui au chocolat noir et Amaretto. Comme dans toute bonne entreprise, il y a des produits qui ne trouvent pas preneur. Chez Boréalait, il n’y en a pas beaucoup mais il arrive qu’il reste un peu de yogourt. Bien que rare chez Boréalait, cette situation peut arriver. La mère d’Evelyne, Rolande, propose donc une adaptation de son gâteau en incluant ce yogourt. Pour vérifier l’intérêt, elle le publie sur Facebook… une heure plus tard, il n’y en avait plus en boutique !
Evelyne préfère de loin cette nouvelle proposition qui gagne en légèreté. Lancé il y a 2 ans, ce gâteau s’envole très rapidement. Il se congèle bien et, en été, semi-gelé… ses enfants le préfèrent comme ça ! Une belle création de maman pour sa fille ! À surveiller, les saveurs du moment !
Maintenant que vous avez bien envie d’y goûter, il vous faudra planifier un voyage en terre boréalaise en Abitibi-Témiscamingue, car ce gâteau n’est en vente que chez Boréalait, à St-Félix-de-Dalquier !
Visitez le site web de Boréalait !

